Histoire de commencer ce blog, je vais m'intéresser à un sondage de l'Ifop portant sur les Français et les salles de consommation de drogue link.
Plusieurs points me gênent avec ce type de sondages (doux euphémisme). Il y a une habitude chez les sondeurs qui est d'évacuer purement et simplement le fait que nous ne sommes pas face à l'opinion que les Français ont sur le sujet, mais sur l'opinion probable qu'ils peuvent avoir au terme de l'enquête auprès d'une infime fraction de la population totale. Je reviendrais prochainement sur la manière dont les résultats d'un sondage sont obtenus et sur la valeur qu'on peut leur accorder à mon sens, car je ne suis ni statisticien, ni sondeur.
Lorsqu'un chiffre est cité, la première chose à faire, c'est de voir comment celui-ci a été obtenu. C'est la condition sine qua non pour en percevoir les limites et les conclusions qu'on peut en tirer. La partie méthodologique est pour le moins ténue. On nous dit que la représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas. Premier point, cette méthode assure t-elle une réelle représentativité de l'échantillon ? Ma réponse sur ce point est non.
Première limite : En effet, arbitrairement, les sondeurs estiment que l'opinion des personnes dépend de certains caractères généraux que sont le sexe, l'âge, la profession et la situation géographique. Quid du niveau et du type d'étude effectué ? Quid de la situation familiale ? Un célibataire aura t-il le même point de vue qu'un père de famille ? Pour la question posée, ces éléments me paraissent autrement plus importants que la profession, laquelle à mon sens n'entre que de manière secondaire dans la formation de l'opinion. Et ce d'autant plus que la profession peut aisément être disjointe du niveau d'étude.
Deuxième limite : la question a été posée par internet. Tout le monde n'a pas internet et loin s'en faut. Je me pose à ce titre une question : comment entrer en contact avec les gens pour qu'ils remplissent le formulaire en ligne ? Par mail ? Cela suppose qu'on le connait et donc que ces personnes appartiennent à un panel i.e. une liste préétablie d'individus dont les caractéristiques utiles sont connues. Par téléphone ? Quel intérêt alors de demander de remplir le formulaire en ligne ? Bref, la représentativité de l'échantillon en prend encore un coup.
Troisième limite : Pour obtenir les réponses de 1007 personnes, combien a t-il fallu interroger d'individus ? Combien de personnes ont refusé de répondre ? Sur ce point, les sondeurs en parlent sur le bout des lèvres car le sujet est évidemment sensible.
Quatrième limite :Il est remarquable que les personnes interrogées aient un avis sur la question. Pas un seul "ne se prononce pas". Le choix n'y était pas. Bref, en dehors de toute réflexion, on demande à la personne sondée de prendre position.Inutile d'en rajouter.
Bref, ce sondage nous apprend t-il quelque chose ? A mon avis non. Pire, il ne permet pas de poser le débat, mais à maints égards de le clore.